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L' embrasement

28 Février 2007, 17:37pm

Publié par JRP

Excellent article sur "l'affaire" de Clichy-sous-Bois dans le dernier numéro de politique magazine.

Avec ou sans sucre, par Léon Francoeur.

 

 Finalement, ils l’ont fait : le 12 janvier, Arte diffusait L’embrasement, un téléfilm « juste et courageux sur l’affaire de Clichy-sous-Bois », pouvait-on lire dans les gazettes spécialisées, et les pages « culture » de Libé. En « prime time » et à la veille du démarrage officiel de la campagne présidentielle dans les médias, suivez mon regard.

      C’est quoi être « juste et courageux » aujourd’hui ? En langage média de petit nanti du système télévisuel versant subventionné, ça veut dire : « Oser un film politique au sens citoyen du terme », si l’on en croit Philippe Chazal, directeur des projets d’Arte France. Et bien ose, mon gars, ose ! Et les auteurs Marc Herpoux et Philippe Triboit de renchérir dans le sens du poil du « patron » : « Nous voulions faire entendre la voix des victimes. Nous avons tenté de faire un film à la fois pudique et honnête ». En effet, question « voix des victimes », on n’a pas été déçu. Le scénario, ce sont les avocats-procureurs Mignard et Tordjman qui l’ont écrit et il a reçu l’imprimatur des « jeunes de banlieues » qui « de toutes façons n’auraient accordé aucune crédibilité à un récit intégrant la version des flics » selon le témoignage d’un « travailleur social en milieu défavorisé ». Autrement dit, avant même le premier tour de manivelle, la messe était dite : on tient un bon sujet, coco, on va pas se dégonfler. Ils se sont même donné quelques frissons à prix discount : et si les « fachistes » de la Place Beauvau s’en mêlait ? Tu vois la pub….en effet ! Quel courââge…A s’en prendre au candidat Sarko, le seul risque c’est l’interview chez PPDA, Guillaume Durand, FO Gisberg et Ruquier. Et il y a tout de même longtemps qu’ils ne font plus cela à la gégène. Surtout à un cinéaste de gauche resté « pudique et honnête » au point d’avoir gommé la fameuse phrase où le ministre de l’Intérieur évoquait un outil de nettoyage à haute pression. « On a voulu rester objectif », a même minaudé Fabienne Servan-Screiber, la productrice…

      C’est quand même formidable la télé ! On peut se décerner tout seul ses brevets de « justes et courageux », juste en étant tous d’accord pour ne montrer qu’un point de vue… Ici, celui des « embraseurs », au prétexte qu’ils ont d’abord été des « victimes ». Car tout est affaire de sémantique, finalement si tu réfléchis bien. Tu asticotes les flics en jouant à cache-cache avec eux et la poursuite s’achève en drame dans un transformateur Edf ? T’es une  « victime ». Tu photographies des modèles de réverbères nouvellement implantés dans un quartier définitivement classé « à risque » par tout le monde et cela fâche les nervis locaux qui te tabassent à mort sous les yeux de tes enfants ? T’es un « imprudent » qui se trouvait là « malhabilement, au mauvais moment », comme on a pu le lire dans une certaine presse « pudique et honnête ». C’est fou ! On dirait du Coluche. Le talent du comique en moins et les moyens de la télé publique en plus. Car il faut quand même 1,5 millions d’euros pour réaliser une fiction « juste et courageuse », par les temps qui courent. Les trouver n’en a coûté qu’à Arte France, la Région Ile de France, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, le Centre national du cinéma… Vu l’origine de leurs ressources, t’étonne pas si tes « prélèvements obligatoires », comme disent les « pudiques et honnêtes » fonctionnaires de Bercy, se sont embrasés eux aussi.

    Et puis c’est bien connu, Arte, c’est surtout dans les cités qu’ils font leurs points d’Audimat, avec la diffusion de films tchètchènes en V.O. sous-titrés allemand et autres documentaires « pudiques » sur les brigadistes des « années de plomb » devenus stars de Saint-Germain-des-Prés, ou reportages « honnêtes » sur des plastiqueurs corses devenus « nationalistes » par la grâce linguistique des médias. Qu’est-ce que tu crois ? On kiffe Arte à Clichy-sous-Bois ! Ils ont même tout compris, les « grands-frères ». Et ils ont bien rigolé : être « jute et courageux » en matière de fiction télé, c’est seulement, dans la petite lucarne de l’indignation, tirer à boulets rouges sur un salaud de blanc.

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