Excellent article sur "l'affaire" de Clichy-sous-Bois dans le dernier numéro de politique magazine.![]()
Avec ou sans sucre, par Léon Francoeur.
Finalement, ils l’ont fait : le 12 janvier, Arte diffusait L’embrasement, un téléfilm « juste et courageux sur l’affaire de Clichy-sous-Bois », pouvait-on lire dans les gazettes spécialisées, et les pages « culture » de Libé. En « prime time » et à la veille du démarrage officiel de la campagne présidentielle dans les médias, suivez mon regard.
C’est quoi être « juste et courageux » aujourd’hui ? En langage média de petit nanti du système télévisuel versant subventionné, ça veut dire : « Oser un film politique au sens citoyen du terme », si l’on en croit Philippe Chazal, directeur des projets d’Arte France. Et bien ose, mon gars, ose ! Et les auteurs Marc Herpoux et Philippe Triboit de renchérir dans le sens du poil du « patron » : « Nous voulions faire entendre la voix des victimes. Nous avons tenté de faire un film à la fois pudique et honnête ». En effet, question « voix des victimes », on n’a pas été déçu. Le scénario, ce sont les avocats-procureurs Mignard et Tordjman qui l’ont écrit et il a reçu l’imprimatur des « jeunes de banlieues » qui « de toutes façons n’auraient accordé aucune crédibilité à un récit intégrant la version des flics » selon le témoignage d’un « travailleur social en milieu défavorisé ». Autrement dit, avant même le premier tour de manivelle, la messe était dite : on tient un bon sujet, coco, on va pas se dégonfler. Ils se sont même donné quelques frissons à prix discount : et si les « fachistes » de
C’est quand même formidable la télé ! On peut se décerner tout seul ses brevets de « justes et courageux », juste en étant tous d’accord pour ne montrer qu’un point de vue… Ici, celui des « embraseurs », au prétexte qu’ils ont d’abord été des « victimes ». Car tout est affaire de sémantique, finalement si tu réfléchis bien. Tu asticotes les flics en jouant à cache-cache avec eux et la poursuite s’achève en drame dans un transformateur Edf ? T’es une « victime ». Tu photographies des modèles de réverbères nouvellement implantés dans un quartier définitivement classé « à risque » par tout le monde et cela fâche les nervis locaux qui te tabassent à mort sous les yeux de tes enfants ? T’es un « imprudent » qui se trouvait là « malhabilement, au mauvais moment », comme on a pu le lire dans une certaine presse « pudique et honnête ». C’est fou ! On dirait du Coluche. Le talent du comique en moins et les moyens de la télé publique en plus. Car il faut quand même 1,5 millions d’euros pour réaliser une fiction « juste et courageuse », par les temps qui courent. Les trouver n’en a coûté qu’à Arte France,
Et puis c’est bien connu, Arte, c’est surtout dans les cités qu’ils font leurs points d’Audimat, avec la diffusion de films tchètchènes en V.O. sous-titrés allemand et autres documentaires « pudiques » sur les brigadistes des « années de plomb » devenus stars de Saint-Germain-des-Prés, ou reportages « honnêtes » sur des plastiqueurs corses devenus « nationalistes » par la grâce linguistique des médias. Qu’est-ce que tu crois ? On kiffe Arte à Clichy-sous-Bois ! Ils ont même tout compris, les « grands-frères ». Et ils ont bien rigolé : être « jute et courageux » en matière de fiction télé, c’est seulement, dans la petite lucarne de l’indignation, tirer à boulets rouges sur un salaud de blanc.



Insurrection N°62 est sorti!
